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La nature de Dieu

Dans l’Ancien Testament, on s’adresse souvent à Dieu en l’appelant « Seigneur », ce qui est une sorte de traduction du tétragramme : JHWH. Lorsque Moïse rencontre Dieu dans le buisson ardent au début du livre de l’Exode, Dieu lui donne ce nom : JHWH, en expliquant : « Je suis qui je suis.». (Ex. 3,14)
Quelques chapitres plus loin, il y a une nouvelle rencontre entre Moïse et Dieu, et ce nom est à nouveau utilisé. On dit maintenant de ce nom :

LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. (Ex. 34,6)

Dans les deux cas, une explication est donnée sur la nature de Dieu. Car le nom et la nature de Dieu restent mystérieux pour les hommes.
Mais Dieu n’est pas un mystère qui peut ou doit être résolu, mais il reste un Mystère avec lequel il faut vivre. Tout comme l’amour est un mystère : si l’on tente de l’expliquer, l’amour est alors réduit à quelque chose de rationnel. C’est pourquoi nous devons aborder la nature de Dieu d’une autre manière, et le texte d’Exode 34 nous y aide.

LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. (Ex. 34,6)

Quelques caractéristiques de Dieu sont mentionnées, et la question essentielle est alors de savoir si j’ai moi-même déjà fait l’expérience de ces qualités.
 
Tendre
Ai-je peur de Dieu ? Ai-je fait l’expérience que Dieu n’est pas seulement un Père, mais aussi une Mère ?
 
Miséricordieux
Nous connaissons tous la parabole du père miséricordieux et de ses deux fils. Ai-je pu faire l’expérience de cette miséricorde de Dieu dans ma propre vie ? Ai-je osé l’accepter ?
 
Lent à la colère
Nous pouvons parfois nous transformer en volcan crachant du feu lorsque les choses ne se passent pas comme nous le voulons ou lorsque les autres commettent des erreurs. Notre colère éclate sur les autres à cause de certaines situations. Dieu a une approche différente. Si les choses ne se passaient pas comme il le voudrait, il serait « lent à la colère ». C’est une caractéristique que nous devons absolument adopter.
 
Plein d’amour
Jésus utilise régulièrement ce mot, par exemple lorsqu’il dit que le commandement le plus important est le double commandement de l’amour. Et lors de la Cène, il dit dans l’Évangile selon Jean que le plus grand amour est de donner sa vie pour l’autre. Suis-je rempli de cet amour que Jésus décrit ?
 
Plein de vérité
La vérité est un concept difficile, car souvent, cela signifie « ma vérité », ou que je sors une phrase de la Bible de son contexte. Ma vérité devient alors un bâton pour frapper les autres. C’est pourquoi la description de Dieu dit : « plein d’amour et de vérité. »
Cela signifie que l’amour et la vérité ne peuvent jamais être dissociés ; ils vont toujours de pair. Chez Dieu, ils ne sont pas séparés l’un de l’autre et cela ne doit pas l’être non plus dans ma vie.
 
La nature de Dieu est relation. Dieu veut nous accueillir dans cette relation et souhaite que nous la vivions déjà ici-bas, sur terre. En ce sens, nous sommes créés à l’image de Dieu et « il n’est pas bon que l’homme reste seul ». C’est pourquoi chaque être humain est accueilli dans cette communauté d’amour qu’est Dieu.
Mais pour cela, il faut que je sois moi-même :

tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité.



Eugène

Le Saint-Esprit et nous

Au sein de l'Église naissante, une question controversée se pose : les païens qui souhaitent devenir chrétiens doivent-ils d'abord se convertir au judaïsme ? Les apôtres et les anciens se réunissent pour écouter les différents points de vue. La lettre qu'ils ont ensuite rédigée à ce sujet commence par ces mots :

L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé ... (Act. 15,28)


Ce texte peut paraître très arrogant. C’est un texte qui était régulièrement utilisé dans l’Église et les monastères pour faire comprendre qu’aucune opposition à une décision n’était tolérée. Car si vous n’étiez pas d’accord avec la décision prise, vous vous opposiez directement à Dieu. Et vous ne voulez certainement pas cela. De cette manière, une sorte de terreur spirituelle était exercée.
 
L’introduction de la lettre des apôtres peut également être interprétée autrement. À savoir, cela signifie qu’ils n’ont pas écrit de leur propre autorité. Mais qu’ils se sont réunis pour en discuter ensemble et qu’ils ont prié afin de parvenir à la bonne décision. Il s’agit donc de la première forme de synodalité dans l’Église. C’est pourquoi la lettre commence par :

L’Esprit Saint et nous-mêmes

Le pape François a repris cette idée. La synodalité consiste à écouter attentivement, tant les autres que Dieu. Il ne s'agit pas de se fier uniquement à ses propres opinions, mais de travailler ensemble à l'avenir de l'Église.

Eugène

Qu’est-ce que c’est immuable dans la foi ?

Pierre décrit une vision qu’il avait eue à Joppe (Act. 11,5-10). On lui a demandé de manger certains animaux impurs déposés sur une toile, ce qu’il a refusé, car cela allait à l’encontre de ses convictions profondes. Finalement, il a accepté.
Cette vision symbolise les païens qui souhaitent devenir chrétiens et est-ce qu’ils doivent pour cela d'abord devenir juifs ?
 
L'essence de cette vision est la suivante : ce que vous avez toujours considéré comme l'essence même de la foi s'avère être plus flexible que vous ne le pensiez.
Nous pouvons bien sûr transposer cela à notre foi chrétienne d'aujourd'hui : ce que nous pensons être immuable est peut-être tout de même susceptible de changer.
Pour donner un exemple : la vision héliocentrique du monde, selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil. Les textes bibliques semblent au contraire prôner une vision géocentrique, dans laquelle le Soleil tourne autour de la Terre. Galilée avait eu de nombreux problèmes avec l’Église lorsqu’il avait déclaré que ces textes bibliques devaient être interprétés différemment.
Ou pour prendre un sujet controversé de notre époque : l’ordination des femmes comme diacres ou même prêtres. Pour certaines Églises chrétiennes, c’est déjà courant, alors que pour l’Église catholique, cela semble hors de question.
Ou encore un autre sujet controversé : la bénédiction des relations homosexuelles ou des personnes divorcés et remariés .
 
La vision de Pierre montre que nous devons faire preuve de prudence lorsque nous affirmons qu’un élément de notre foi est absolument immuable.

Eugène

Aller vers l’intérieur et vers l’extérieur

Quand Jésus dit qu’il est la porte de la bergerie (Jn. 10,7), il signifie par là qu’il est pour nous l’accès au Père. C’est pourquoi il peut dire : « Celui qui me voit voit le Père. » Toute la vie de Jésus est toujours orientée vers le Père et vers la mission qu’il a reçue de Lui. Jésus ne cesse de nous diriger vers Lui.
C’est par cette porte qu’est Jésus que nous trouvons, dans la bergerie, l’accomplissement de notre vie ; la participation à la vie même de Dieu, à sa grâce, à sa joie et à sa sainteté.
 
Si Jésus est la porte, c’est lui qui nous laisse entrer, et on peut aussi dire que nous ne pouvons pas forcer l’accès par nos propres moyens. Ce n’est pas nous qui créons un accès, mais il y a quelqu’un qui nous laisse entrer. Ainsi, si Jésus est la porte, cela ne signifie pas qu’il y a une poignée qui nous permet de décider nous-mêmes si nous entrons, mais cela signifie plutôt que Jésus est le portier : quelqu’un qui nous accueille et nous ouvre la porte.
 
La porte de la bergerie est à la fois une porte qui mène vers l’intérieur et une porte qui mène vers l’extérieur. C’est-à-dire une porte vers la protection et la sécurité, et une porte vers la liberté et l’espace. Il s’agit donc d’être enracinés en Dieu et de partir à la rencontre des hommes dans le monde. Ainsi, cette porte nous ramène vers Dieu et nous envoie vers l’extérieur ; et notre vie est ainsi une question de recevoir et de donner, de prière et de mission.
 
Mais existe-t-il d’« autres portes » par lesquelles nous voulons essayer de trouver l’épanouissement de notre vie ?
Dans les Évangiles, on nous annonce une bonne nouvelle, une nouvelle joyeuse, un message de paix, de conversion, de participation à la vie de Dieu et de service. Sommes-nous à la recherche d’un autre sens à donner à notre vie ? Un sens sans Dieu ?
Cela rappelle l’image du « veau d’or » dans le désert, dont on disait qu’il était le Dieu qui avait libéré le peuple de l’esclavage. Cette image semble apporter la libération de l’esclavage, mais elle mènera finalement à un nouvel esclavage.
 
Avant tout, notre vie consiste à trouver en nous-mêmes l'épanouissement en Christ ; c'est donc le chemin vers l'intérieur. Et ensuite, à aider les autres à trouver le chemin vers Jésus ; c'est donc le chemin vers l'extérieur.
Dans les deux cas, c’est Jésus qui, par cette porte, donne tout son sens à notre vie.

Eugène

L'homme, avec ses hauts et ses bas

Dans la description de la dernière Cène chez Matthieu, on trouve deux phrases remarquables concernant les disciples.
- Lorsque Jésus dit que l’un d’entre eux va le trahir, il est écrit :

Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » (Mt. 26,22)

- Et lorsque Jésus dit que Pierre le reniera, on lit :

Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même. (Mt. 26,35)

Dans la première phrase, chaque disciple tient compte du fait qu’il pourrait trahir Jésus, et dans la seconde, ils sont certains qu’ils ne renieront jamais Jésus. Les disciples sont donc conscients à la fois de leur faiblesse et de leur détermination. Ces deux phrases parlent de l’être humain avec ses moments forts et ses moments faibles, avec ses nombreuses possibilités mais aussi avec ses fragilités.
Il en va de même pour l’Église : à tous les niveaux, l’Église est composée de personnes avec leurs défauts et leurs qualités, leurs hauts et leurs bas. Ainsi, il y a des prêtres qui abusent d’enfants et des prêtres qui sont de véritables bergers.
Mais cela ne dit pas tout sur l’Église, parce que Dieu agit aussi à travers elle. Et il compense toujours les défaillances humaines. C’est ce qui ressort également du reste du récit de la Passion : on peut tuer le Christ, mais Dieu le fera ressusciter. Les prêtres peuvent nuire à l’Église, mais Dieu la purifiera et la fera continuer d’exister.
 
C'est à nous qu'il revient de reconnaître nos faiblesses et de les laisser guérir par Dieu.

Eugène